Le salariat classique de plus en plus concurrencé

abolition salariat3Etrange pays que le nôtre. Alors que l’économie numérique menace de faire sauter jusqu’à la notion même de salariat, le nombre de jours où les magasins sont autorisés à rester ouvert est apparu comme un véritable marqueur identitaire pour certains politiques. Le passage de 5 jours d’ouverture par an à 12 a fait figure de révolution !

On a cru un temps que seules les industries musicales et la presse allaient souffrir d’internet, avec les plateformes de streaming et l’info en ligne. Mais ce sont tous les secteurs qui vont subir le tsunami. Nous pouvons tous nous faire « uberiser », selon l’expression forgée par Maurice Lévy ; nous réveiller un beau matin, en constatant que notre métier a disparu, qu’une ingénieuse plateforme numérique a pris sa place, mettant directement en contact l’offre et la demande. Des entreprises installées depuis des dizaines d’années sur des positions apparemment inexpugnables sont menacées par des start-up, bricolées la veille par des étudiants. C’est l’histoire de G7 face à Uber, de la SNCF devant blablacar, des grands groupes hôteliers confrontés à Airbnb.

Même les institutions publiques sont débordées : leboncoin se vante d’être plus efficace que Pôle Emploi lui-même. En mai dernier, le site proposait pas moins de 540 000 annonces d’emplois et de service. L’Institut de l’Entreprise publie ces jours-ci une note consacrée aux personnes qui utilisent les plateformes digitales de mise en relation de l’offre et de la demande de services, intitulée La France du Bon Coin.

Rappelons que le nombre d’inscrits à Pôle Emploi a franchi la barre des 6 millions cet été. Aussi, se développe, à la faveur des possibilités offertes par le numérique, des emplois parfaitement atypiques, qui constituent des alternatives au salariat classique. Un million de Français ont opté pour le régime de l’auto-entrepreunariat, malgré les chicanes que les administrations ne cessent d’imaginer pour les en dissuader. C’est surtout sous ce statut qu’ils peuvent accéder à un marché du travail parallèle, peu ou pas régulé, où l’on rencontre toute sorte de profils, selon la note. Depuis les salariés classiques, qui peuvent même être fonctionnaires, désireux d’améliorer leurs fins de mois en proposant leurs services, jusqu’aux chômeurs qui complètent ainsi leurs maigres ressources. Entre le salariat classique en CDI et le statut libéral, prolifèrent des situations particulières, des formes d’emploi hybrides. Elles répondent aux besoins d’entreprises elles-mêmes éclatées, mobilisant des ressources humaines diversifiées autour de projets ponctuels.

Cet éclatement du salariat classique en une quantité de situations particulières – depuis celle du travailleur immigré en situation illégale jusqu’aux activités de conseil fortement rémunérées, n’est pas propre à la France. On compte 53 millions de free-lancers aux Etats-Unis. Cela concerne aussi bien les baby-boomers, qui n’ont aucune envie de s’arrêter malgré leur mise à la retraite que la génération Y, celle des jeunes nés entre 1980 et 2000, qui, découvrant le marché du travail en crise, ont choisi de sauter la case salariat. Deux générations qui chérissent leur liberté etdétestent toute forme de dépendance envers un employeur unique.

Mais comme l’écrivent deux célèbres experts démocrates, Larry Summers et Ed Balls, « les entreprises veulent de la flexibilité pour elles-mêmes, tout en affaiblissant les protections dont disposaient les travailleurs. » Plutôt que de se contenter de le déplorer, il est urgent d’imaginer des modalités nouvelles d’accès au crédit, à la formation et à l’assurance sociale adaptées à un monde du travail en révolution. C’est ce que propose une étude, publiée ce matin par le think tank libéral Génération Libre, sous la signature de Denis Pennel, intitulée Pour un statut de l’actif. Quel droit du travail dans une société post-salariale ?

La chronique de Brice Couturier peut être écoutée ici

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