Freelance, auto-entrepreneurs, slashers : doit-on dire adieu au salariat ?

Extraits de l’article de L’Opinion publié le 26 août 2015

5ab56d66-e95b-4bb3-9566-ad45d9f35a3c« Métro, boulot, dodo », une expression bientôt d’un autre âge ? L’Organisation internationale du travail insiste sur la transformation de l’emploi

Les faits – Le travail salarié ne concerne désormais que la moitié des travailleurs dans le monde. Dans le même temps, l’activité professionnelle indépendante gagne du terrain. Aux Etats-Unis, un tiers de la population active est à son compte.

« L’un de mes salariés a commencé en freelance et on a réussi à l’embaucher derrière. » Marion Carrette, fondatrice de la plateforme de location de voitures entre particuliers Ouicar, l’admet : elle doit régulièrement convaincre ses collaborateurs d’accepter de signer un contrat de travail classique. « C’est de plus en plus dur de les recruter en tant que salariés », s’amuse-t-elle sans leur jeter la pierre. Un temps employée, l’entrepreneure a du mal à répondre lorsqu’on lui demande ce qu’elle regrette de ses années de salariat.

Rien d’illogique à cela pour Denis Pennel, directeur général de la Confédération internationale des entreprises de recrutement et d’intérim : « Le salariat ne correspond plus à notre relation à l’autorité. » Pour lui, renoncer à une partie de sa liberté afin de travailler sous le contrôle d’un supérieur hiérarchique renvoie à un système révolu. « Dans un certain nombre d’économies avancées, on observe une tendance à la baisse de la part d’emplois salariés, ce qui marque un tournant par rapport au schéma traditionnel », pointe l’Organisation internationale du travail (OIT) dans un rapport publié en mai. Ainsi, 40 % des travailleurs américains devraient être installés à leur compte d’ici 2020.

La firme hors les murs. Un boom du travail indépendant catalysé par celui des nouvelles technologies. « La mise en réseau accélère le mouvement », commente Dennis Pennel. « Nous sommes en train de passer de la propriété à l’usage et parallèlement à une relation d’emploi salarié au travail indépendant », ajoute-t-il, prenant l’exemple des chauffeurs Uber pour souligner les bénéfices concrets de ces usages émergents : « Cela permet à des personnes exclues du marché de l’emploi de s’y insérer et donc d’exercer une activité. »

Un phénomène que Marion Carrette a relevé à plusieurs reprises : « Certains membres de Ouicar sont au chômage. Louer leur voiture constitue pour eux un moyen d’amortissement mais aussi une façon de se remettre dans le bain professionnel. » A l’écouter, « l’économie du partage permet à chacun de créer, à petite échelle, un business à rendre rentable. »

Que l’on monte sa société ou que l’on soit slasher, du nom de ces professionnels cumulant plusieurs activités en même temps, travailler à son compte est une tendance qui ne cesse de se confirmer : fin 2014, la France comptait 982 000 auto-entrepreneurs. « Les entreprises sont éclatées : avec la sous-traitrance et le recours à des prestataires pour des projets ponctuels, la firme est sortie de ses murs », commente Denis Pennel. Une déconnexion entre l’emploi et le lieu de ses activités opérationnelles conduisant, entre autres, au développement du coworking, des réseaux de travailleurs indépendants, animés par des valeurs d’échange et d’ouverture, se réunissant au sein d’espaces de travail. Le phénomène est devenu une véritable industrie aux Etats-Unis où le leader du genre, WeWork, est valorisé 10 milliards de dollars.

« Révolution du travail ». A croire que la mutation du marché de l’emploi appelle à redéfinir la façon de travailler. C’est en tous les cas la position d’Hanane El Jamali, cofondatrice avec Anthony Gutman de Remix Coworking, structure parisienne fondée en 2013. « Les entreprises traditionnelles ont parfois du mal à fidéliser les profils les plus innovants, principalement ceux issus de la génération Y qui ne souhaitent plus évoluer dans une bulle fermée. » Sa start-up a levé 1 million d’euros l’année dernière et compte aujourd’hui près de 150 coworkers, entrepreneurs et créatifs. La formule fait recette : Remix devrait ouvrir l’année prochaine un nouvel espace de 1 700 m2.

« Nous vivons moins une crise de l’emploi qu’une révolution du travail, analyse Denis Pennel. A toute société correspond une méthode de travail : le servage pour le Moyen-Age, le travail indépendant et l’artisanat aux XVIIIe et XIXe siècles et le salariat ces dernières décennies. Qui nous dit que ce dernier modèle va perdurer au cours des prochaines années ? » Pour lui, se profile un système où chaque individu mènera plusieurs activités professionnelles en même temps et percevra donc différents types de revenus.

Pour l’heure cependant, en France, un élément semble ralentir cette transformation : le lien quasi-inextricable entre couverture sociale et statut professionnel. « Nous devons nous préparer à vivre dans une société post-salariale mais pour cela il convient de réinventer un système de protection sociale afin que cette mutation ne nous ramène pas à l’époque de Zola », renchérit Denis Pennel. Et de pointer qu’un travailleur freelance, dont la multiplicité des clients l’amène à être rémunéré sous différents statuts (salariat, auto-entrepreneur…), se retrouve contraint de cotiser à autant de caisses de retraite ou d’assurance-maladie.

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